Venus Transit

Wolfgang Tillmans

Wolfgang Tillmans - Venus Transit

Un transit de Vénus se produit lorsque le soleil, Vénus et la Terre se trouvent en alignement parfait. Observé de la Terre, le phénomène se manifeste sous la forme d’un petit disque noir – la planète Vénus – se déplaçant lentement au cours de plusieurs heures devant le disque éclatant du soleil. C’est une observation extrêmement rare car les plans des orbites de la terre et de Vénus sont légèrement inclinés l’un vers l’autre et un transit ne peut se produire que lorsque les deux planètes se trouvent exactement au point de recoupement des plans de leur orbite. Ceci survient tous les 122 ans, puis huit ans plus tard, après quoi il faut attendre 105 ans, puis huit années, puis 122, etc. Le dernier transit s’est déroulé le 8 juin 2004. C’était le premier qu’un être humain vivant alors sur la terre pouvait avoir observé.  En effet, le témoignage des transits de Vénus n’a été fournie par des rapports écrits ou dessins historiques qu’à partir de l’invention du télescope puis, plus tard, par des images photographiques des deux transits survenus après l’invention de cette technique. Six transits seulement ont été observés au cours de l’histoire humaine, en 1639, 1761, 1769, 1874, 1882 et 2004. Aux XVIIIe et XIXe siècles, l’observation de ce phénomène géométrique a revêtu une énorme importance. Les chercheurs ont compris qu’ils pouvaient calculer la distance entre la terre et le soleil par l’observation exacte et la comparaison des temps de passage de Vénus devant le disque du soleil enregistrés de différents points de la terre. On pensait à cette époque que c’était la seule façon d’établir plus ou moins exactement notre position absolue par rapport au soleil et donc par rapport à l’univers qui nous entoure. On ne connaissait dans notre système solaire que des distances relatives, mesurées par multiples de la distance de la terre au soleil, et non les distances réelles. C’était comme de disposer d’une carte sans en connaitre l’échelle.

Diverses ambitieuses expéditions, par exemple la première du capitaine Cook en 1769, furent lancées dans l’unique objectif d’observer le transit de Vénus d’un point aussi éloigné que possible de l’Europe. L’idée était de mesurer le parallaxe qui, en termes simples, peut se décrire comme l’observation du déplacement de l’objet le plus proche devant un objet plus lointain vu de deux points différents, ce qui se produit quand par exemple, on observe le changement apparent de position d’un pouce devant une maison à à l’horizon en le regardant alternativement de l’oeil gauche ou de l’oeil droit.
L’exactitude de l’évènement était gênée par l’effet de goutte noire qui faisait que le disque de Vénus semblait se fondre dans le noir du ciel entourant le soleil pendant un temps plus long que ce que l’on pouvait attendre de sa position prédite. Même s’il était en principe déjà clairement « à l’intérieur » du disque du soleil, celui de Vénus apparaissait déformé selon une forme de goutte. Ce n’est que par l’observation photographique des deux transits du XIXe siècle que l’on a pu établir que cet effet était en réalité une illusion provoquée par le cerveau humain.
Observer le transit de 2004 à travers le télescope que j’ai conservé de mes années d’adolescence obsédées d’astronome n’avait bien entendu aucune valeur scientifique, mais constituait l’expérience émouvante de vois la mécanique concrète du ciel en action devant mes yeux. Regarder une planète se déplacer devant un autre objet défini  qui fait partie du système solaire m’a donné, en tant qu’être terrestre, le sens visuel de ma localisation dans l’espace. Malgré le caractère plat de l’image du télescope, on pouvait faire l’expérience de l’espace en trois dimensions.
Le prochain transit de Vénus se produira le 6 juin 2012.Source :

Wolfgang Tillmans, Neue Welt, Cologne, Taschen, 2012